Le Grand Paris s’active auprès du monde agricole pour préserver ses villes des crues
Alors que de récentes inondations ont durement touché l’ouest de la France, la Métropole du Grand Paris et l’établissement public Seine Grands Lacs tentent de prévenir les crues en nouant des partenariats avec les acteurs agricoles dans le bassin versant.
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« Cela faisait 35 ans qu’aucun investissement majeur ou équipement lourd de rétention d’eau n’avait été réalisé en amont de Paris pour protéger la capitale contre les crues », a insisté à plusieurs reprises Patrick Ollier, président de la Métropole du Grand Paris et de l’établissement public territorial Seine Grands Lacs. Il s’exprimait à l’occasion de la présentation des actions de prévention engagées par la collectivité en partenariat avec le monde agricole, lors du Salon international de l’Agriculture, le 24 février 2026.
Ce dont parle l’élu avec autant d’emphase, ce sont deux choses. En matière d’équipement lourd, Patrick Ollier fait référence à la construction en Seine-et-Marne du casier pilote Seine Bassée, qui ajoute 10 millions de m³ de retenue supplémentaire à la capacité actuelle des quatre lacs réservoirs (Pannecière, Der, Orient et Amance Temple) qui peuvent retenir jusqu’à 830 millions de m³. Le nouveau réservoir de 360 hectares doit permettre d’endiguer une partie de l’eau de la Seine en cas de crue majeure et « devrait entrer en service d’ici la fin de l’année 2026 », précise le président de la métropole.
Mettre à profit la taxe Gemapi
Mais le deuxième cheval de bataille de l’homme politique, c’est la taxe Gemapi (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) que peuvent prélever les intercommunalités auprès de leurs contribuables depuis 2018.
« En 2025, elle nous a permis de lever 40 millions d’euros, notamment pour financer des travaux et des partenariats avec le monde agricole, insiste Patrick Ollier. Nous avons construit une solidarité de l’aval vers l’amont, qui vient compléter celle de l’amont vers l’aval déjà existante. Chaque m3 gagné contre les inondations compte. Ce qui est fait avec les agriculteurs sur le bassin est exemplaire. »
380 zones d’expansion de crue identifiées dans le bassin versant
Les zones d’expansion des crues (ZEC) sont une bonne illustration du travail conjoint engagé entre la métropole, l’établissement Seine Grands Lacs et les chambres d’agriculture du bassin versant. Ces parcelles proches des cours d’eau appartiennent à des agriculteurs qui acceptent que leurs terres soient inondées en cas de crue pour ralentir le débit de l’eau et éviter qu’elle n’arrive en surabondance dans les villages et villes situés en aval.
« Il y a cinq ans, on n’en comptait que 5 ou 6. Aujourd’hui, il y en a 380 », abonde Patrick Ollier. Leur potentiel de stockage cumulé atteint près de 12 millions de m³ et constitue un complément indispensable aux grands barrages réservoirs parfois difficiles à mettre en œuvre.
Après des conventions signées avec les chambres d’agriculture d’Île-de-France, de la Marne et de l’Aube en 2025, plusieurs autres engagent désormais la collectivité avec les chambres d'agriculture du Loiret et de l’Yonne depuis le Salon de l’agriculture. L’objectif ? « Mieux coordonner ces zones et faire en sorte que les agriculteurs bénéficient d’un filet de sécurité financier pour ces services rendus à l’intérêt collectif, indique Valentin Caron, président de la chambre consulaire du Loiret. Les agriculteurs ont conscience du rôle qu’ils peuvent jouer, et avec ce type de convention, on trouve un terrain d’entente, ils ne seront plus perdants-perdants. »
Indemniser des prairies inondées grâce aux PSE
Dans le Chatillonnais en Côte d'Or, la Métropole du Grand Paris a renouvelé un partenariat pour maintenir les activités d’élevage sur les prairies inondables grâce à un financement de 10 millions d’euros sur dix ans. Cette fois-ci, s’agissant de prairies, impossible de recourir à la taxe Gemapi qui vient d’ordinaire compenser les pertes de récolte des agriculteurs.
La collectivité utilise donc le système des paiements pour services environnementaux (PSE). A ce jour, la démarche a déjà permis d’accompagner 55 exploitations agricoles, pour un montant de 2,2 millions d’euros versés, et de mobiliser plus de 1 100 hectares de surfaces agricoles dans la zone. « Grâce à cette indemnisation, nous avons pu engager un vrai travail de structuration des filières lait et viande dans la région », ajoute Vincent Lavier, Président de l’association eau et agriculture durables du Châtillonnais.
La constitution d’une cellule « ruissellement »
Autre conséquence des fortes crues qui affectent le monde agricole : la problématique du ruissellement. Thierry Lahaye, président de la chambre d’agriculture Aube-Haute-Marne, décrit le phénomène comme « une lame de fonds » dans les sols des parcelles subissant de fortes précipitations en très peu de temps. « Elle emporte la terre fertile, qui finit dans les ruisseaux et se retrouve définitivement perdue pour l’agriculteur », conclut-il.
Alors « après les épisodes orageux de juillet 2021 et de juin-juillet 2024 survenus en Haute-Marne, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose », relate Patrick Ollier. Très vite, Seine Grands Lacs, le conseil départemental et la chambre d’agriculture, le syndicat mixte du bassin de la Marne et de ses affluents et les services de l’Etat se lancent ensemble dans la constitution d’une cellule technique dédiée. Cette dernière doit permettre « d’engager des études et des travaux pour réduire l’ampleur de ces phénomènes », en sensibilisant les agriculteurs sur les pratiques culturales, et en apportant des solutions techniques limitant l’érosion et le ruissellement.
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